French poem
« Il est des jours abjects où, séduits par la joie »
by Victor Hugo
Il est des jours abjects où, séduits par la joie Sans honneur, Les peuples au succès se livrent, triste proie Du bonheur.
Alors des nations, que berce un fatal songe Dans leur lit, La vertu coule et tombe, ainsi que d’une éponge L’eau jaillit.
Alors devant le mal, le vice, la folie, Les vivants Imitent les saluts du vil roseau qui plie Sous les vents.
Alors festins et jeux ; rien de ce que dit l’âme Ne s’entend ; On boit, on mange, on chante, on danse, on est infâme Et content.
Le crime heureux, servi par d’immondes ministres, Sous les cieux Rit, et vous frissonnez, grands ossements sinistres Des aïeux.
On vit honteux, les yeux troubles, le pas oblique, Hébété ; Tout à coup un clairon jette aux vents : République ! Liberté !
Et le monde, éveillé par cette âpre fanfare, Est pareil Aux ivrognes de nuit qu’en se levant effare Le soleil.
More by Victor Hugo
- « Et les voilà mentant, inventant, misérables »
- « France ! à l’heure où tu te prosternes »
- « Fuis l’éden des anges déchus »
- « Hier, la nuit d’été, qui nous prêtait ses voiles »
- « Il faut agir, il faut marcher, il faut vouloir »
- « Il n’avait pas vingt ans. »
- « Je ne me mets pas en peine »
- « Je sais bien qu’il est d’usage »