Versos French Victor Hugo Le Roi

French poem

Le Roi

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Il était là, superbe, obscur, inabordable; Par moments, il bâillait, disant: Quelle heure est-il? Artabane son oncle, homme auguste et subtil, Répondait:--Fils des dieux, roi des trois Ecbatanes Où les fleuves sacrés coulent sous les platanes, Il n'est pas nuit encor, le soleil est ardent. O roi, reposez-vous, dormez, et cependant Je vais vous dénombrer votre armée, inconnue De vous-même et pareille aux aigles dans la nue. Dormez.--Alors, tandis qu'il nommait les drapeaux Du monde entier, le roi rentrait dans son repos, Et se rendormait, sombre; et le grand char d'ébène Avait, sur son timon de structure thébaine, Pour cocher un seigneur nommé Patyramphus. Deux mille bataillons mêlant leurs pas confus, Mille éléphants portant chacun sa tour énorme, Suivaient, et d'un croissant l'armée avait la forme; L'archer suprême était Mardonius, bâtard; L'armée était nombreuse à ce point que, plus tard, Elle but en un jour tout le fleuve Scamandre. Les villes derrière elle étaient des tas de cendre; Tout saignait et brûlait quand elle avait passé. On enjamba l'Indus comme on saute un fossé. Artabane ordonnait tout ce qu'un chef décide; Pour le reste on prenait les conseils d'Hermécyde, Homme considéré des peuples du levant.

L'armée ainsi partit de Lydie, observant Le même ordre jusqu'au Caïce, et, de ce fleuve, Gagna la vieille Thèbe après la Thèbe neuve, Et traversa le sable immense où la guida Par-dessus l'horizon le haut du mont Ida. Puis on vit l'Ararat, cime où s'arrêta l'arche. Les gens de pied faisaient dans cette rude marche Dix stades chaque jour et les cavaliers vingt.

Quand l'armée eut passé le fleuve Halys, on vint En Phrygie, et l'on vit les sources du Méandre; C'est là qu'Apollon prit la peine de suspendre Dans Célène, à trois clous, au poteau du marché, La peau de Marsyas, le satyre écorché. On gagna Colossos, chère à Minerve Aptère, Où le fleuve Lycus se cache sous la terre, Puis Cydre où fut Crésus, le maître universel, Puis Anane, et l'étang d'où l'on tire le sel; Puis on vit Canos, mont plus affreux que l'Érèbe, Mais sans en approcher; et l'on prit Callathèbe Où des chiens de Diane on entend les abois, Ville où l'homme est pareil à l'abeille des bois Et fait du miel avec de la fleur de bruyère. Le jour d'après on vint à Sardes, ville altière, D'où l'on fit dire aux grecs d'attendre avec effroi Et de tout tenir prêt pour le souper du roi. Puis on coupa l'Athos que la foudre fréquente; Et, des eaux de Sanos jusqu'à la mer d'Acanthe, On fit un long canal évasé par le haut. Enfin, sur une plage où souffle ce vent chaud Qui vient d'Afrique, terre ignorée et maudite, On fit près d'Abydos, entre Seste et Médyte, Un vaste pont porté par de puissants donjons, Et Tyr fournit la corde et l'Égypte les joncs. Ce pont pouvait donner passage à des armées. Mais une nuit, ainsi que montent des fumées, Un nuage farouche arriva, d'où sortit Le semoun, près duquel l'ouragan est petit; Ce vent sur les travaux poussa les flots humides, Rompit arches, piliers, tabliers, pyramides, Et heurtant l'Hellespont contre le Pont-Euxin, Fauve, il détruisit tout, comme on chasse un essaim; Et la mer fut fatale. Alors le roi sublime Cria:--Tu n'es qu'un gouffre, et je t'insulte, abîme! Moi je suis le sommet. Lâche mer, souviens-t'en.-- Et donna trois cents coups de fouet à l'Océan.

Et chacun de ces coups de fouet toucha Neptune. Alors ce dieu, qu'adore et que sert la Fortune, Mouvante comme lui, créa Léonidas, Et de ces trois cents coups il fit trois cents soldats, Gardiens des monts, gardiens des lois, gardiens des villes, Et Xercès les trouva debout aux Thermopyles.