Versos French Victor Hugo Le Roi Couard

French poem

Le Roi Couard

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Roi, dans tes courses damnées, Avec tes soldats nouveaux, Ne va pas aux Pyrénées, Ne va pas à Roncevaux.

Ces roches sont des aïeules, Les mères des océans. Elles se défendraient seules; Car ces monts sont des géants.

Une forte race d'hommes, Pleins de l'âpreté du lieu, Vit là loin de vos sodomes Avec les chênes de Dieu.

Y passer est téméraire. Nul encor n'a deviné Si le chêne est le grand frère Ou bien si l'homme est l'aîné.

Ce peuple est là, loin du monde, Libre hier, libre demain. Sur ces hommes l'éclair gronde; Leur chien leur lèche la main.

Hercule y vint. Tout recule Dans ces monts où fuit l'isard. Roi, César après Hercule, Charlemagne après César,

Ont crié miséricorde Devant ces pâtres jaloux Chaussés de souliers de corde Et vêtus de peaux de loups.

Dieu, caché sous leur feuillage, Prit ce noir pays vaillant Pour faire naître Pélage, Pour faire mourir Roland.

Si jamais, dans ces repaires, Risquant tes hautains défis, Tu venais voir si les pères Vivent encor dans les fils,

Eusses-tu vingt mille piques, Eusses-tu, roi fanfaron, Tes bannières, tes musiques, Tout ton bruit de moucheron,

Pour que tu t'en ailles vite, Fussent-ils un contre cent, Et pour qu'on te voie en fuite; De mont en mont bondissant,

Comme on voit des rocs descendre Les torrents en février, Il te suffirait d'entendre La trompe d'un chevrier.