French poem
Le Roi Est Le Roi
by Victor Hugo
Roi, vous vous croyez moins prince Et vous jurez par l'enfer Dans cette montagne où grince Ma vieille herse de fer;
D'effroi votre âme est frappée; Vous vous défiez, trompeur; Traître et poltron, mon épée Vous fait honte et vous fait peur.
Vous me faites garder, sire; Vous me faites épier Par tous vos barons de cire Dans leurs donjons de papier:
Derrière vos capitaines Vous tremblez en m'approchant; Comme l'eau sort des fontaines, Le soupçon sort du méchant;
Votre altesse scélérate N'aurait pas d'autre façon Quand je serais un pirate, Le spectre de l'horizon!
Vous consultez des sorcières Pour que je meure bientôt; Vous cherchez dans mes poussières De quoi faire un échafaud;
Vous rêvez quelque équipée; Vous dites bas au bourreau Que, lorsqu'un homme est épée, Le sépulcre est le fourreau;
Votre habileté subtile Me guette à tous les instants; Eh bien! c'est peine inutile Et vous perdez votre temps
Vos précautions sont vaines; Pourquoi? je le dis à tous: C'est que le sang de mes veines N'est pas à moi, mais à vous.
Quoique vous soyez un prince Vil, on ne peut le nier, Le premier de la province, De la vertu le dernier;
Quoique à ta vue on se sauve, Seigneur; quoique vous ayez Des allures de loup fauve Dans des chemins non frayés;
Quoiqu'on ait pour récompense La haine de vos bandits; Et malgré ce que je pense, Et malgré ce que je dis,
Roi, devant vous je me courbe, Raillé par votre bouffon; Le loyal devant le fourbe, L'acier devant le chiffon;
Devant vous, fuyard, s'efface Le Cid, l'homme sans effroi. Que voulez-vous que j'y fasse Puisque vous êtes le roi!