Versos French Victor Hugo Le Roi Soudard

French poem

Le Roi Soudard

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Quand vous entrez en campagne, Louche orfraie au fatal vol, On ferait honte à l'Espagne De vous nommer espagnol.

Sire, on se bat dans les plaines, Sire, on se bat dans les monts; Les campagnes semblent pleines D'archanges et de démons.

On se bat dans les provinces; Et ce choc de boucliers Va de vous, les petits princes, A nous, les grands chevaliers.

Les rocs ont des citadelles Et les villes ont des tours Où volent à tire-d'ailes Les aigles et les vautours.

La guerre est le cri du reître, Du vaillant et du maraud, Un jeu d'en bas et peut-être Un jugement de là-haut;

La guerre, cette aventure Sur qui plane le corbeau, Se résout en nourriture Pour les bêtes du tombeau;

Le chacal se désaltère A tous ces sanglants hasards; Et c'est pour les vers de terre Que travaillent les césars;

Les camps sont de belles choses; Mais l'homme loyal ne croit Qu'à la justice des causes Et qu'à la bonté du droit.

Car la guerre est folle et rude. Pour la faire honnêtement Il faut une certitude Prise dans le firmament.

Je remarque en mes tristesses Que la gloire aux durs sentiers Ne connaît pas les altesses Et s'en passe volontiers.

Un soldat vêtu de serge Est parfois son favori; Et l'épée est une vierge Qui veut choisir son mari.

Roi, les guerres que vous faites Sont les guerres d'un félon Qui souffle dans des trompettes Avec un bruit d'aquilon;

Qui, ne risquant son panache Qu'à demi dans les brouillards, S'il voit des hommes se cache, Et vient s'il voit des vieillards;

Qui, se croyant Alexandre, Ne laisse dans les maisons Que des os dans de la cendre Et du sang sur des tisons;

Et qui, riant sous les portes, Vous montre, quand vous entrez, Sur des tas de femmes mortes Des tas d'enfants éventrés.