French poem
« Puisqu’ici-bas toute âme… »
by Victor Hugo
XI
Puisqu’ici-bas toute âme Donne à quelqu’un Sa musique, sa flamme, Ou son parfum ;
Puisqu’ici tout chose Donne toujours Son épine ou sa rose A ses amours ;
Puisqu’avril donne aux chênes Un bruit charmant ; Que la nuit donne aux peines L’oubli dormant ;
Puisque l’air à la branche Donne l’oiseau ; Que l’aube à la pervenche Donne un peu d’eau ;
Puisque, lorsqu’elle arrive S’y reposer, L’onde amère à la rive Donne un baiser ;
Je te donne à cette heure, Penché sur toi, La chose la meilleure Que j’aie en moi !
Reçois donc ma pensée, Triste d’ailleurs, Qui, comme une rosée, T’arrive en pleurs !
Reçois mes vœux sans nombre, O mes amours ! Reçois la flamme ou l’ombre De tous mes jours !
Mes transports pleins d’ivresses, Purs de soupçons ! Et toutes les caresses De mes chansons !
Mon esprit qui sans voile Vogue au hasard, Et qui n’a pour étoile Que ton regard !
Ma muse, que les heures Bercent rêvant, Qui, pleurant quand tu pleures, Pleure souvent !
Reçois mon bien céleste, O ma beauté, Mon cœur, dont rien ne reste, L’amour ôté !
19 mai 1836
More by Victor Hugo
- « Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine »
- « Puisque le juste est dans l’abîme »
- « Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame »
- « Puisque nos heures sont remplies »
- « Puits de l’Inde ! »
- « Quand Eschyle au vautour dispute Prométhée »
- « Quand le bien et le mal, couple qui nous obsède »
- « Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée »