French poem
X
by Victor Hugo
Et la terre, agitant la ronce à sa surface, Dit:--L'homme est mort; c'est bien; que veut-on que j'en fasse? Pourquoi me le rend-on? Terre! fais-en des fleurs! des lys que l'aube arrose! De cette bouche aux dents béantes, fais la rose Entr'ouvrant son bouton!
Fais ruisseler ce sang dans tes sources d'eaux vives, Et fais-le boire aux boeufs mugissants, tes convives; Prends ces chairs en haillons; Fais de ces seins bleuis sortir des violettes, Et couvre de ces yeux que t'offrent les squelettes L'aile des papillons.
Fais avec tous ces morts une joyeuse vie. Fais-en le fier torrent qui gronde et qui dévie, La mousse aux frais tapis! Fais-en des rocs, des joncs, des fruits, des vignes mûres, Des brises, des parfums, des bois pleins de murmures, Des sillons pleins d'épis!
Fais-en des buissons verts, fais-en de grandes herbes! Et qu'en ton sein profond d'où se lèvent les gerbes, A travers leur sommeil, Les effroyables morts sans souffle et sans paroles Se sentent frissonner dans toutes ces corolles Qui tremblent au soleil!