Versos French William Chapman L’Érable

French poem

L’Érable

by (1850–1917)

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L’érable si haut dans l’espace Dresse son faîte audacieux, Que le bouvreuil, même à voix basse, Y parle avec l’oiseau des cieux.

Il est plein de sève et de force. L’ouragan ne peut le ployer ; Pourtant les fibres de son torse Sont aussi souples que l’acier.

Il est rugueux comme le chêne, Et plus droit que le peuplier. Une balle l’entame à peine : Son écorce est un bouclier.

Il peut protéger de son ombre Le troupeau le plus populeux. En été des oiseaux sans nombre Chantent sur son front onduleux.

Son feuillage, à la mi-septembre, Au souffle du vent boréal, Se couvrant d’or, de pourpre et d’ambre, Brille comme un manteau royal.

En avril, le paysan perce Son flanc qu’amollit le dégel : Par sa blessure l’arbre verse, Tout le mois, des larmes de miel.

Ces larmes sont une richesse, Elles font faire bien des pas, Mais la ferme est dans la détresse Si l’érable ne pleure pas.

Parce qu’il est fécond, on l’aime, Et les aïeux, dans leur fierté, Ont pris sa feuille pour l’emblème De leur nationalité.

Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, Quand juin, venu pour éblouir, Rayonne comme une améthyste, De joie il se sent tressaillir.

Il est content, l’arbre civique, Car c’est aussi sa fête à lui. Pour qu’elle soit plus magnifique, Le beau soleil d’or plus tard luit.

Ce jour-là le géant superbe Est honoré comme pas un ; Sur ses pieds les cent fleurs de l’herbe Répandent leur plus doux parfum.

Les oiseaux s’en viennent en foule Saluer ses beaux rameaux verts, Et dans l’ombre qu’il leur déroule Jusqu’au soir lui disent des vers.

La jeune fille, folle ou sage, Pour suivre alors notre drapeau, Fixe sa feuille à son corsage Ou bien l’épingle à son chapeau.

Les hommes à leur boutonnière La portent orgueilleusement ; Sous cette étoile printanière Leurs cœurs battent plus librement.

Partout, sur les toits, dans la rue, Brillent ses rameaux éclatants, Et quand la fête est disparue, Ils s’y bercent encor longtemps.

L’érable est l’arbre d’abondance. L’Indien l’adorait autrefois ; Et nous l’aimons comme la France Aime le vieux chêne gaulois.

Sa verdeur est incomparable. Nul miel n’est doux comme son miel. Et puis de cet arbre admirable On fait la bûche de Noël.

Il est bon autant que robuste. Il berce au vent le nid moelleux, Et dépouille sa tête auguste Pour couvrir le gazon frileux.

Il est beaucoup moins égoïste Que le pin au front toujours vert, Et son cœur d’arbre est sombre et triste Devant les souffrances d’hiver.

Après avoir nargué les trombes, Il se laisse mettre en morceaux, Afin qu’on en fasse des tombes Ou qu’on en fasse des berceaux.

Pour nous faire vivre, il s’immole ; Lui qui touchait le ciel du front, En mille et mille éclats il vole Sous la hache du bûcheron.

Or le bûcheron vend l’érable, Et le vieux mort est satisfait Si la mansarde misérable A le feu pétillant qu’il fait.

Sa flamme ardente est son obole… Et nos pères bien justement Le choisirent comme symbole De la force et du dévoûment !