Versos French William Chapman Les Deux drapeaux

French poem

Les Deux drapeaux

by (1850–1917)

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C’était le soir d’un jour de fête, La fête du Saint-Sacrement. Sur chaque toit, sur chaque faîte Des drapeaux flottaient mollement.

Plus d’une avenue était pleine Des fleurs de la procession. Le vent retenait son haleine, Le flot sa modulation.

Le couchant, beau comme l’aurore, Empourprait les saints reposoirs, Dont les cintres gardaient encore De vagues parfums d’encensoirs.

Des femmes et des enfants roses, Épanchant l’encens de leur cœur, Foulaient les lilas et les roses Qu’avait semés l’enfant de chœur.

En foule les anges terrestres, Sous les feux du couchant doré, Visitaient les réduits agrestes Où le ciel même était entré.

Et la pieuse théorie S’enflammait devant des monceaux De bouquets et d’argenterie Rayonnant dans les verts berceaux.

Avec plus d’un groupe adorable, Admirant chaque reposoir Festonné de feuilles d’érable, J’errais dans les rougeurs du soir.

Distrait, l’esprit hanté d’un rêve, Je m’arrêtai sous un arceau De feuillage encor plein de sève, Encore ému d’un chant d’oiseau.

Au fond de la voûte de branches, Sur un autel orné de lis, De violettes, de pervenches, Deux longs drapeaux mêlaient leurs plis.

C’étaient l’étendard de la France Et la bannière d’Albion : La grandeur avec la puissance, L’aigle veillant près du lion.

Or, pendant que dans des extases Qui faisaient taire tout propos, Les femmes contemplaient des vases, Moi je regardais les drapeaux.

Je fixais les deux oriflammes Près desquels avait reposé Le pain mystérieux des âmes, Dans l’ostensoir d’or enchâssé.

En face des nobles bannières Formant le fond du saint tableau, Je croyais ouïr les tonnerres De Fontenoy, de Waterloo !

Cependant les ombres noyèrent Du reposoir le frais arceau… Les charmants essaims s’envolèrent, Et je restai seul au berceau.

Tout à coup, dans la nuit suave, Tombant des cieux calmes et clairs, Un drapeau prit une voix grave Et laissa tomber ces mots fiers :

— Jamais le soleil ne se couche Sur l’Empire où flottent mes plis. Quel que soit le doigt qui me touche, Je suis sans tache comme un lis.

Je change la nuit en aurore. Au grand condor je suis pareil, Et j’ouvre mon aile sonore Sans en voiler aucun soleil.

Ma splendeur est toujours sereine. Colombe qui voit tout venir, Je vais cherchant pour l’arche humaine L’olivier saint de l’avenir ! ―

Alors le drapeau tricolore Parut prendre un plus vif éclat, Et sur l’autel saint qu’il décore, Tout aussi fier, ainsi parla :

— Jamais le pauvre ne se couche Sans pain à l’ombre de mes plis. Malheur au lâche qui me touche, Que je porte l’aigle ou les lis.

Versant, formidable d’aurore, Un rayonnement sans pareil, J’ai le frissonnement sonore De l’oiseau qui vole au soleil.

Je suis la lumière sereine Que chaque peuple voit venir, Guidant la caravane humaine Vers l’oasis de l’avenir ! ―

Et toujours, devant les bannières Formant le fond du saint tableau, Je croyais ouïr les tonnerres De Fontenoy, de Waterloo.