Versos French Albert Glatigny Ariane

French poem

Ariane

by (1839–1873)

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Victime au cœur blessé par les flèches d’Éros, Lorsque tu fatiguais les échos de Naxos Du bruit de tes sanglots, douloureuse Ariane, Pâle, le front caché dans ta main diaphane Que le jour traversait de ses roses rayons, Savais-tu, savais-tu que, vainqueur des lions, Couché sur l’éclatante échine des panthères, Lysios, qui préside aux terribles mystères, Aux noirs enchantements de l’ivresse et des vins, S’avançait, le jeune homme aux traits fiers et divins, Le doux efféminé qui naquit dans les flammes, Courageux comme Hercule, et beau comme les femmes ! Oh ! dis, le savais-tu ? Dans ton lourd désespoir, Tes yeux qui s’égaraient sur l’abîme pour voir Fuir au loin le vaisseau du perfide Thésée, Tes grands yeux où brillait une amère rosée, Avaient-ils vu le thyrse apparaître joyeux Devant l’adolescent fils et frère des Dieux ? Ton oreille avait-elle entendu les cantiques Hurlés par le troupeau des femmes frénétiques ? Oui ! tes bras dans les airs tordus, étincelants Comme deux cols de cygne, énervés et tremblants, S’entrouvraient, et bien moins dans la morne attitude De l’amante troublant de cris la solitude Que de la fiancée, en cet heureux instant Où s’avance l’époux jeune et fort qu’elle attend ; Tu pressentais déjà son heureuse arrivée ; Ta gorge palpitait, doucement soulevée Par l’espoir confiant d’un bonheur inconnu. Ah ! souris maintenant ! Ce bonheur est venu ! L’amant est près de toi, le voilà qui t’embrasse, Et de Naxos aux monts ténébreux de la Thrace, L’hymne éclatant résonne et trouble l’Océan. Chantez Cypris ! Chantez l’Amour ! Io Pœan ! mon âme, Ariane errante et tourmentée, Tu frappes aussi l’air de ta plainte irritée : Rassure-toi ! Bientôt, messager gracieux, L’auguste espoir luira pour nous du fond des cieux ; Tu salueras bientôt le retour de la joie. Bientôt, fendant la mer orageuse qui ploie Sous le pesant navire, apparaîtra le Dieu Tranquille et triomphant, dont le charmant aveu Ranimera ta force éteinte et ta sauvage Énergie, Ariane en pleurs sur le rivage, Dolente solitaire interrogeant toujours Le gouffre où disparut l’ombre de tes amours !