Versos French Albert Glatigny Santissimo Carnevale

French poem

Santissimo Carnevale

by (1839–1873)

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C’est bien, nom d’un polichinelle ! Les cœurs deviennent d’amadou : Voici qu’en la ville éternelle Saint Veuillot court le guilledou.

L’ombre de Chicard se profile, Saint-Pierre, sur ton escalier, Et le sacré conclave file Chercher la lumière a Bullier.

Zut pour le concile ! — Clodoche Au cardinal Antonelli Vient de flanquer une taloche En l’appelant : « Mon Bengali ! »

Muse ! le carnaval de Rome Agite ses grelots, viens-t’en : À coups de bonbons on assomme Gilles, marchands d’orviétan.

Déguisons-nous ; dans la cohue Courons avec les masques… mais Quel est ce fantoche qu’on hue ? Tu ne devinerais jamais.

C’est notre cher Veuillot lui-même ? Les pois secs ont crevé son loup. Il crie : « Eh ! viens donc, face blême ! » Au camarade Dupanloup.

Veuillot danse ! Veuillot s’amuse ! Puisqu’il récrit à l’Univers, La chose est véridique. Ô Muse ! Je crois qu’il marche de travers.

Il gambade, il est écarlate, Il fume dans un calumet ; Arlequin sur son omoplate Saute ! Veuillot a son plumet !

Avec des gestes déshonnêtes Et de bruyants éclats de voix, Il récite à des Marinettes Un tas de madrigaux grivois.

L’Angelus sonne, lent, austère ; Lui, secouant son tibia, Chante les Pompiers de Nanterre Qu’il prend pour l’Ave Maria.

Singeant une attitude équestre Sur l’épaule de Frétillon, Il cherche à conduire l’orchestre En agitant son goupillon,

« Le concile, c’est des bêtises, Dit-il à Nérine. L’amour Vaut mieux auprès des verts cytises Où broute le bouc tout le jour.

Nérine, viens, ô ma folie ! Sois mon guide, sois mon flambeau ! Nous affranchirons l’Italie. Je suis grêlé, mais je suis beau.

Vive Garibaldi ! je l’aime ! Noble cuir que mon poing tanna, Je lui donnerai ce soir même La revanche de Mentana !

Labre est un gâteux. Qu’on le mène Bien vite au bain à quatre sous. Quant aux miracles de Germaine… Je t’en montrerai les dessous !

Ça m’embête, toutes ces frimes, Et je veux les répudier. Je vais jouer les pères-grimes Dans la troupe de Meynadier.

Oh hé ! partant pour la Syrie !… Je m’amuse comme un préfet Et veux te donner, ma chérie, Le beau portrait que Gill m’a fait !

Il est plein d’une grâce étrange ; Deux ailes aux blancheurs de lin Ornent mon dos. J’ai l’air d’un ange Dressé par Rossignol-Rollin. »

C’est ainsi qu’au milieu des masques Veuillot marche sur les deux mains, Et, par ses harangues fantasques, Étonne les fils des Romains.

« Veuillot, cela me désespère, » Lui dit le pape, par instants, Et Veuillot répond au saint-père : « Bah ! la jeunesse n’a qu’un temps ! »