Versos French Albert Glatigny Roman comique (Les Flèches d’or)

French poem

Roman comique (Les Flèches d’or)

by (1839–1873)

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Ô comédienne ! Molière, Le grand vagabond du bel art, Eût fait de vous son écolière Sur les chemins pleins de hasard.

Il vous eût donné le sourire, Le charme et la grâce des pleurs, Lame tendre qui se déchire Par l’amour et par les douleurs.

Il vous eût donné cette fièvre Qui suit les courageux travaux. Ne voit-on pas, sur votre lèvre, Causer Shakspeare et Marivaux ?

Mais à quoi bon ces dons ? Les fées, Dès votre berceau triomphant, D’avoine folle et d’or coiffées, Vous avaient prise pour enfant.

Et, quand vous souleviez vos langes, En agitant vos petits bras, Vous entendiez déjà les anges De l’amour vous parler tout bas !

Aujourd’hui les comédiennes N’égarent plus leurs fins souliers Au travers des routes anciennes Où croissent les lys oubliés.

Leur génie est dans la tenture Que le tapissier déploya ; Il leur faut la littérature Honnête de monsieur Laya.

Il leur faut ces calmes prodiges Implantés par un art nouveau, La passion et ses vertiges Changés en rhume de cerveau.

Mais vous ! vous recherchez encore Les tristesses et les sanglots, Les cris dont la Lyre sonore Épanche largement les flots.

Ô baladine énamourée ! Votre désir est que les vents Soulèvent la masse adorée De vos souples cheveux mouvants.

Les héroïques charmeresses Qui dérobent avec douceur Leurs seins sous la peau des tigresses, Vous appellent leur jeune soeur.

Et, ravis au pays féerique Que défendent les dieux jaloux, Les fous, les poètes lyriques Pleurent de joie à vos genoux.

Car la Muse en feu, de son aile, Touche votre front, et vos doigts Sur la grande Lyre éternelle Retrouvent la chanson des bois,

La divine chanson chantée Jadis dans le repos du soir, Avant que ne fût inventée La comédie en habit noir.