French poem
Promenades d’hiver
by Albert Glatigny (1839–1873)
Dimanche : le soleil, dont les pâles rayons Nous font renaître encor lorsque nous les voyons, Luit dans le brouillard froid et gris ; les cheminées Se dressent sur les toits, noires, chaperonnées De tôle ; sur la place, écoutant les accords D’un orchestre guerrier, leurs beaux habits dehors, Mille bourgeois joyeux flânent avec leurs femmes, Dont les vastes chapeaux ont des couleurs infâmes, Mais qui font cependant plaisir à voir. On sent Passer je ne sais quoi de gai, de caressant, Dans l’air vif de décembre ébranlé par les cloches : Tout grouille, tout babille, et, les mains dans les poches, Moi, je suis doucement les filles aux yeux doux, À qui le rire met de jolis petits trous Au visage, et qui vont, alertes et discrètes, Cueillir furtivement la fleur des amourettes.