French poem
Promenades sentimentales
by Albert Glatigny (1839–1873)
La dernière étoile est éteinte ; Le feuillage, rideau mouvant, Frissonne joyeux dans la teinte Vive du beau soleil levant
Presque jaunis et verts encore Les blés ondulent doucement ; Viens saluer la grande aurore Épanouie au firmament.
Vois : à travers les découpures Des branches qui s’aiment, le ciel Laisse entrevoir des couleurs pures Comme ton œil tendre et cruel.
Viens, enfant, que l’amour nous mène ! Joue avec ton ombrelle aux doigts, Allons comme l’autre semaine Respirer la fraîcheur des bois.
L’ombre de ton chapeau de paille Noyait ton visage si doux ; Nous entendions chanter la caille Et l’alouette autour de nous.
Tes petits pieds dans la rosée Devisaient avec les muguets ; D’une lueur blanche arrosée, Tu souriais, j’extravaguais.
Sous un berceau de clématite, L’œil tendu vers mes yeux amis, Ramassée et toute petite, Comme un oiseau tu t’endormis.
Viens par les forêts ombreuses ? Les rameaux entre-croisés Sur nos têtes amoureuses Nous invitent aux baisers.
Ne crains pas, l’herbe est si douce ! Pour tes chers pieds de satin : Nous marcherons sur la mousse Humide encor du matin.
Sais-tu bien, ô ma jeune âme ! Que c’est fête pour les bois, Lorsque d’une même flamme Deux cœurs brûlent à la fois ?
À voir une fine taille Passer en mantelet blanc, Le chêne même tressaille, Et l’orme devient galant.
Ils ont mille fadeurs prêtes Pour les belles comme toi, Et dans leurs branches discrètes L’oiseau chante sans effroi.
Sur le brin d’herbe qui plie, Attiré par tes beaux yeux, L’insecte ébloui s’oublie Afin de t’admirer mieux.
La grotte en riant t’accueille, Le vent, ce coureur jaloux, Interrogeant chaque feuille, Demande : La voyez-vous ?
T’apercevant si jolie, Tout murmure des aveux, Et la forêt est emplie Du parfum de tes cheveux !
Mais nous avançons sans même Voir ces bons arbres si doux ! Nous savons bien qu’on nous aime Cependant autour de nous,
Que l’air, les feuilles dormantes, Le gazon et le fraisier Disent des choses charmantes Et qu’il faut remercier !
Mais notre bonheur avare Nous retient dans sa langueur Et veut que rien ne sépare Tes deux seins frais de mon cœur.
Un ange ailé nous coudoie, Et mon baiser amoureux Vole, abeille ivre de joie, De ta lèvre à tes yeux bleus.
Mais d’où vient donc que tes rires N’éveillent plus les échos ? D’où vient donc que tu soupires Et que voici tes yeux clos ?…