Versos French Albert Glatigny Prologue d’une comédie bouffonne

French poem

Prologue d’une comédie bouffonne

by (1839–1873)

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Pendant que loin de nous l’ange Mélancolie Rêve en interrogeant l’azur des cieux profonds, Nous avons essayé de prendre à l’Italie Ses types ingénus sous leurs masques bouffons.

Ils viennent. Aimez-les. C’est Colombine, l’âme De la farce classique, aux regards éclatants, Qui mêle à ses cheveux d’or céleste et de flamme Les plumes de l’oiseau d’amour, couleur de temps !

Arlequin, le héros fantasque de Bergame, Qui passe et disparaît comme un vivant éclair, Et fait, sur son habit, chanter toute une gamme De paillettes d’acier qui frissonnent dans l’air.

C’est le Docteur, bourré de sentences latines, Le Pédant, que Molière a réclamé pour sien, Et qui mêle sa basse aux notes argentines Des jeunes amoureux sous le soleil ancien ;

Et c’est Pierrot, enfin ! le spectre blanc qui laisse Les destins, à leur gré, gouverner l’univers, Et fort tranquillement s’assied avec mollesse Au rebord des chemins sous les feuillages verts.

Ils vont où les conduit leur libre fantaisie, Sages voyant la vie à travers leur humour, Suivant la route en fleurs qu’un Dieu leur a choisie, Insoucieux de tout, hormis du seul amour !

Ne vous étonnez pas de leurs façons galantes : Fatalistes ainsi que des Orientaux, Ils ont laissé le soin aux brises nonchalantes De disposer les plis flottants de leurs manteaux.

Leur gaîté primitive a des accents farouches, Le mot cru, rimant juste, est chez eux triomphant ; Pourtant, rien n’a flétri le rose de leur bouche, Et leur rire sincère est un rire d’enfant.

Voici qu’ils vont conter leur chanson amoureuse, Accueillez-les ; soyez cléments, et laissez-leur Poursuivre dans les airs leur course aventureuse Avec le rossignol et le merle siffleur.

Songez qu’ils ont gardé leur jeunesse éternelle À travers trois cents ans lumineux traversés, Et que la muse encor les couvre de son aile. — Messieurs les violons, maintenant, commencez !