French poem
À Agathe
by Albert Mérat (1840–1909)
Qu’importe, ô blonde douce à suivre, Que vous lisiez, émue ou non, Cette page-ci de mon livre Où j’écris votre joli nom ?
Je ne réclame aucun salaire Pour mon sincère madrigal. Vous plaire ou bien ne pas vous plaire, Il le faut bien, doit m’être égal.
Un soir d’été, pâle et jolie, Je vous ai vue, et vos cheveux, Du blond que j’aime en Italie, Étaient ainsi que je les veux ;
Car, vous savez, les jeunes femmes Qui ne sont pas blondes ont tort. Les yeux des brunes ont des flammes, Mais dans les vôtres le ciel dort.
Une transparence de nacre Luit dans ce teint pur et lacté, Teint patricien qui vous sacre Au moins princesse de beauté.
La bouche superbe, un peu grande, Garde un silence nonchalant. Je ne sais pas ce que demande Son sourire vague et troublant.
Gaie, et montrant des dents plus blanches Que le muguet ou que le sel, Vous laissiez tomber jusqu’aux hanches Vos cheveux d’un or de missel.
Naturelle dans votre pose, Modèle charmant d’un tableau, Vous rappeliez, à peine rose, La grâce blanche du bouleau.
Ainsi qu’une malade assise, Vous aviez dans le grand fauteuil Ce doux air de joie indécise Qui suit les transes d’un long deuil.
Je vous ai dit quelques paroles ; J’ai causé de riens, d’un bijou : L’air remuait les boucles folles Des petits cheveux sur le cou.
Certes je ne pourrais pas dire, Agathe, où vous serez demain. J’allais, j’ai vu votre sourire Comme un rayon sur le chemin.
Le soir brilla d’une éclaircie. Je n’ai pas touché votre doigt, Mais mon regard vous remercie De ce rêve blond qu’il vous doit.