French poem
À Cécile
by Albert Mérat (1840–1909)
Laissez, croyez en l’avis qu’on vous donne, Tous ces livres presque aussi gros que vous ; Parmi vos amis, vous avez, mignonne, Trop de Chaperons-rouges et de Loups.
Je sais qu’à six ans vous êtes très sage, Et que lorsqu’ils font au jeu trop de part, Guettant les petits enfants au passage, La Paresse en fait des ânes plus tard.
Pourtant votre mère est là qui vous aime, Et parfois a peur en vous regardant, À voir son enfant pâle et presque blême Qui lève vers elle un grand œil ardent.
Si vous écoutez toutes les sornettes De ces enjôleurs qui content si bien, Votre nez, pour sûr, aura des lunettes Un jour, et sera grand comme le mien !
Vous serez pareille aux institutrices Anglaises, qui vont en montrant les dents ; Car un diable fait les vieilles lectrices Sèches au dehors non moins qu’au dedans ;
Et ce soir encor, fermant sous les franges De vos beaux cils bruns vos yeux engourdis, Comment ferez-vous pour rêver des anges Qui font les joujoux dans le paradis ?