French poem
Au Louvre
by Albert Mérat (1840–1909)
Le Louvre où j’épelai, poète adolescent, Cette langue du beau que je lis à présent, Car l’image en mes yeux évoquant la pensée, C’est là que fut mon âme au rhythme fiancée, Voit souvent mon regard de promeneur pieux Levé vers Raphaël et vers mes premiers dieux. C’est là que mon esprit cherche encore l’exemple. Je marche recueilli comme on fait dans un temple. Florence que j’ai vue au milieu de ses fleurs, Venise, cette gloire unique des couleurs, Rome même, la ville à la lueur étrange Qui rapproche César géant de Michel-Ange, Dont aucun vent de mort n’a soufflé le flambeau, N’a rien de plus auguste ou même d’aussi beau. Les blondes nudités sereines qui se lèvent Aux murs de la Tribune, et dont les âges rêvent, Sont ici. Giorgione à son Concert divin, Splendeur auprès de qui tout lutterait en vain, Éveille le Corrège idéal et si tendre Qu’il faudrait être aussi Chénier pour le comprendre ; Vinci prodigieux, Véronèse pareil À quelque héros, fils fabuleux du soleil. Titien pour qui Vénus posait royale et nue, Les Primitifs charmants dans leur force ingénue, Mantegna, Bellini qu’on ne peut oublier, Fiesole dont les Saints conseillent de prier, Tous ces Italiens, humbles ou magnifiques, Rayonnent, pur honneur des vieilles Républiques, Et loin du pays d’or, sous un ciel hasardeux, Notre extase leur rend un culte digne d’eux.