French poem
L’apprentie
by Albert Mérat (1840–1909)
Un petit carton à la main, Le pied flottant dans la bottine, Mangeant des fruits verts en chemin, Jupe trop courte, elle trottine.
C’est l’apprentie, elle a treize ans ; Elle s’en va chez les pratiques, Grave, les traits intelligents, Levant le nez vers les boutiques.
Elle a les vices du flâneur, Et contemple, en mordant ses lèvres, Les croix et les porte-bonheur À la vitrine des orfèvres.
Un rien, le son d’un piano, Le cri des marchandes de roses, Éveillent ses yeux de moineau : Elle voit et sait bien des choses.
À l’atelier, l’œil pétillant Des confidences d’une grande, Elle sourit en travaillant Ou dit, sans qu’on le lui demande,
La chanson qui nous obséda, Mais pour elle n’est point choquante : « Popaul, La canne à Canada « Ou bien Pour vingt-cinq francs cinquante. »
Ne sachant trop ce qu’elle veut, Tirant la langue à la maîtresse, Elle pousse comme elle peut, Sans soins, sans joie et sans tendresse.
Le dimanche, jusqu’à midi, Il faut qu’elle range l’ouvrage, L’œil vague, le geste engourdi, Sans conviction ni courage.
Trouvant que c’est peu de douceur Et bien du mal pour ce qu’on gagne, Elle songe à sa grande sœur Qui doit aller à la campagne.