Versos French Albert Mérat L’hiver au jardin

French poem

L’hiver au jardin

by (1840–1909)

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La neige a noirci sous les pas ; Elle est restée intacte et pure Dans le jardin qui ne sait pas Qu’il a des arbres en guipure.

On dirait un décor d’argent : La grande allée est solitaire ; Les marronniers font en neigeant Pleuvoir les fleurs du givre à terre.

Le buis, poudré par la saison, En lignes distinctes marie Aux bandes plates du gazon La marge de sa broderie.

La fontaine de Médicis Au loin montre, bien qu’abritée, Polyphème blanc comme Acis, Presque aussi blanc que Galathée.

Le cygne, amant de ces climats, Semble avoir les ailes noircies. Les terrasses ont des frimas Dignes de toutes les Russies.

L’athlète grec au bras tendu, Fouetté du froid, fait triste mine. Les reines ont l’air morfondu Sous leur pâle manteau d’hermine.

Les moineaux, hier turbulents, N’ont plus le cœur à leur manège. Les marbres sont plus gris que blancs, Et pleurent des larmes de neige.