French poem
Marchands des quatre saisons
by Albert Mérat (1840–1909)
Pour tous chemins, pour horizons Ayant la rue étroite et sale, Le cours radieux des saisons Est pour eux le cours de la halle.
Ils vendent, selon le moment, Des choux, des pêches ou des roses, Sans paraître faire autrement La différence de ces choses.
Ils vont ainsi, l’oreille au guet, Car chaque fiacre les dérange, Mêlant le persil au muguet, La pomme de terre à l’orange.
Jusqu’aux étages sous les toits, Prodigieusement poussées, Les fausses notes de leur voix Trahissent des cordes cassées.
Qu’il fasse bleu, qu’il pleuve à seaux, Sitôt les maisons réveillées, Ils marchent le long des ruisseaux, Les chaussures toujours mouillées.
Tandis que, poussé, le haquet Roule, le cri répété semble L’intermittence d’un hoquet. Celui des vieux chevrotte et tremble.
Mais ce sont les femmes surtout Dont la vue est triste et navrante, Que talonne et suit jusqu’au bout La misère persévérante.
Faites au labeur effrayant, L’affreux foulard serrant leur tête, Elles vont douze heures, n’ayant Jours de repos ni jours de fête.
Parfois, dans leur sombre taudis, La nuit aux pauvres gens clémente Leur fait rêver un paradis D’une naïveté charmante :
Auprès des anges, dans le bleu, Parmi des choses indécises, De bons fauteuils au coin du feu Où les vieilles seraient assises.