French poem
La Laide
by Albert Mérat (1840–1909)
Petite, à son école, elle marchait à l’aide D’un bâton, tant étaient débiles ses genoux. Les enfants, qui sont durs et méchants comme nous, Riaient. Pour s’amuser ils l’appelaient : la laide.
Plus tard, le mal faiblit, mais n’eut pas de remède. Elle se résigna sans honte ni courroux. On l’aima ; sa fierté dit non, d’un regard doux. Ce souvenir est tout le bien qu’elle possède.
Mère ni femme ! on n’est pas femme sans beauté ! Pâle de patience et de virginité, Sous la lampe d’hiver qui petille et charbonne,
Dans une effusion discrète de douceur, La laide rit heureuse à l’enfant d’une sœur, Et personne ne songe à dire qu’elle est bonne.