French poem
Le Moulin
by Albert Mérat (1840–1909)
C’est par eau qu’il faut y venir. La berge a peine à contenir Le fouillis d’herbes et de branches, Ce monde petit et charmant, La grande roue en mouvement, Les vannes et leurs ponts de planches.
Un bruit frais d’écluses et d’eau Monte derrière le rideau De la ramure ensoleillée. Quand on approche, il est plus clair ; Le barrage jette dans l’air Comme une odeur vive et mouillée.
Pour arriver jusqu’à la cour, On passe, chacun à son tour. Par le moulin plein de farine. Où la mouture en s’envolant, Blanche et qui sent le bon pain blanc, Réjouit l’œil et la narine.
Voici la ferme ; errons un peu. Dans l’âtre on voit flamber le feu Sur les hauts chenets de cuisine. La flamme embaume le sapin ; La huche de chêne a du pain, La jatte de lait est voisine.
Oh ! le bon pain et le bon lait ! Juste le repas qu’on voulait ; On boit, sans nappe sur la table, Au tic tac joyeux du moulin, Parmi les bêtes, dans l’air plein De l’odeur saine de l’étable.
Lorsque vous passerez par là, Entrez dans le moulin. Il a Des horizons pleins de surprises. Un grand air d’aise et de bonté, Et contre la chaleur d’été De la piquette et des cerises.