Versos French Albert Mérat Le parc

French poem

Le parc

by (1840–1909)

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Sans être grand, le parc a presque des lointains, Et ne montre parfois des lourds palais hautains Qui l’entourent, faisant des lignes un peu dures, Qu’une blancheur légère à travers les verdures. Il est quasi royal et demeure bourgeois. Par places, c’est le rêve évoqué de nos bois, Mêlant des noms connus et des odeurs rustiques À l’éclat sans parfum des plantes exotiques. Il a pour les passants et pour les amoureux Des chemins fin-sablés et des sentiers ombreux. Le velours toujours frais de ses larges pelouses Rendrait, même à Meudon, les collines jalouses. Le matin dans l’air bleu du jardin vaut le soir, Il est bon d’y marcher rêveur, ou de s’asseoir Sur un banc qui vous garde une place isolée — Une calèche tourne avec la grande allée ;

Des femmes dont le goût a des soucis constants, Et dont les yeux plus vifs annoncent le printemps. Pour un rayon d’avril retrouvant leurs ombrelles, Sans voir les rameaux fins qui verdissent sur elles, Passent, et la beauté de rose d’un enfant Envoie à leur jeunesse un reflet triomphant.

Pour relever encor la grâce parfois terne Et la réalité de notre âge moderne, De minces fûts coiffés d’un frêle chapiteau, Ainsi que l’on en voit aux fêtes de Watteau, Frais décor figurant une ruine exquise Mis là pour caresser un rêve de marquise, Se dressent dans l’effet d’un vague demi-jour, Colonnade-bijou d’un temple de l’Amour ! Pour rire à cette courbe adorable des lignes, L’eau claire d’un bassin s’écoule sous deux cygnes. Les duchesses qu’un vers de Dorat conseillait, Les fins abbés de cour en habit violet Ne sont plus, mais ces morts et ces mortes légères Qui n’étaient qu’un rayon sur des fleurs passagères, Et dont la saison vient à peine de finir, Hantent ce coin charmant, bleu de leur souvenir.