Versos French Alphonse de Lamartine Pour le premier jour de l’année

French poem

Pour le premier jour de l’année

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Mais toi seul, ô mon Dieu, par siècles tu mesures Ce temps qui sous tes mains coule éternellement ! L’homme compte par jours ; tes courtes créatures Pour naître et pour mourir ont assez d’un moment.

Combien de fois déjà les ai-je vus renaître Ces ans si prompts à fuir, si prompts à revenir ! Combien en compterai-je encore ? Un seul peut-être ! Plus le passé fut plein, plus vide est l’avenir.

Cependant les mortels, avec indifférence, Laissent glisser les jours, les heures, les moments ;

Sur le cadran rempli les pas muets du temps. On l’oublie ; et voilà que les heures fidèles

Et qu’une année entière a replié ses ailes

Seigneur, père des temps, maître des destinées, Qui comptes comme un jour nos mille et mille années, Et qui vois du sommet de ton éternité Les jours qui ne sont plus, ceux qui n’ont pas été ; Toi qui sais d’un regard, avant qu’il ait eu l’être, Quel fruit porte en son sein le siècle qui va naître ; Que m’apporte, ô mon Dieu, dans ses douteuses mains, Ce temps qui fait l’espoir ou l’effroi des humains ? À mes jours mélangés cette année ajoutée Par l’amour et la grâce a-t-elle été comptée ? Faut-il la saluer comme un présent de toi, Ou lui dire en tremblant : « Passe, et fuis loin de moi ! » Les autres tour à tour ont passé, les mains pleines De désirs, de regrets, de larmes et de peines, D’apparences sans corps trompant l’âme et les yeux, De délices d’un jour et d’éternels adieux,

De fruits empoisonnés dont l’écorce perfide Ne laissait dans mon cœur qu’une poussière aride : Mon cœur leur demandait ce qu’elles n’avaient pas, Et ma bouche à la fin disait toujours : « Hélas ! »

Et qu’attendre de plus des siècles et du monde ? Je fondais sur le sable et je semais sur l’onde. Il est temps, ô mon Dieu, que mon cœur détrompé, Et de ta seule image à jamais occupé, Te consacre à toi seul ces rapides années Par mille autres désirs si longtemps profanées ; Je veux tenter enfin si des jours pleins de toi, Dont la lyre et l’autel seraient le seul emploi, Dont l’étude et l’amour de tes saintes merveilles Jusqu’au milieu des nuits prolongeraient les veilles, Et dont l’humble prière, en marquant les instants, Chargerait d’un soupir chacun des pas du temps, S’enfuiront loin de moi d’un vol aussi rapide, Et laisseront mon âme aussi vaine, aussi vide Que ce temps qui ne laisse, en achevant son cours, Rien qu’un chiffre de plus au nombre de mes jours !