French poem
Migrations
by Amable Tastu (1795–1885)
. . . Amidst this wide array Of glorious things and fair, My soul is on that bark’s lone way For human hearts are there.
Dites-moi, bords féconds de l’antique Neustrie, Voisins des flots amers, Ce que va demander, si loin de sa patrie, Tout ce peuple à vos mers ?
L’Alsace, dès long-temps, vaillante sentinelle Du pays menacé, A-t-elle tressailli d’une alarme nouvelle Dans son poste avancé ?
Le Rhin, comme autrefois, sent-il frémir sa rive Sous des pas ennemis. Qu’il envoie en exil, tel que Sion plaintive, Ses filles et ses fils ?
Ses laboureurs, peut-être, en poussant la charrue Dans les sillons fumans, Ont peur de voir crouler l’Europe vermoulue Sur ses vieux fondemens !
Ou, qui sait si pour eux, voyageurs que nous sommes, L’heure ne sonne pas Où, sur ce globe étroit, les familles des hommes Se déplacent d’un pas,
Et, dociles jouets de ce choc qui les pousse Vers un nouveau destin, Subissent tour-à-tour, de secousse en secousse, Un mouvement lointain !
Ce volcan d’orient, qu’est-ce donc qu’il prépare Dans son cratère ardent ? L’allons-nous voir encor d’une lave barbare Inonder l’occident ?
Fuyez alors, et loin des humaines tempêtes Qui brisent les états, Tentez, enfans du Rhin, d’innocentes conquêtes Vers de plus doux climats :
Le fer ne servira dans vos mains pacifiques, Qu’à creuser les guérets ; La flamme, qu’à miner les racines antiques Des incultes forêts.
Oh ! voyez, embarquant chariots et corbeilles, L’un par l’autre poussé, Ces groupes bourdonnant comme un essaim d’abeilles À la ruche empressé !
Tout part ! Ici s’endort au giron de l’aïeule Le vagissant maillot ; Là, l’enfance, ô pitié ! s’en va, pleurante et seule, Se confier au flot !
Hélas ! la pauvre mère au bruit de l’incendie Dans la nuit allumé, Jette au loin quelquefois, par la peur enhardie, Un berceau bien-aimé !
Ainsi sont rejetés ces fils de la misère De ce sol inhumain, Où depuis trop long-temps la peine est sans salaire Et le travail sans pain !
Le navire pressant toutes ces têtes blondes Entre ses flancs obscurs, Semble, après la récolte, entraîné par les ondes, Un panier de fruits mûrs !
Partez ! Un jeune monde avec eux vous réclame, Vous, qui gardez comme eux En des corps fatigués quelque jeunesse d’âme, Quelques rêves heureux !
Mais lorsqu’on a perdu le plus beau d’une vie Effeuillée à demi, Qu’à nos labeurs sans fruits l’espérance est ravie, Qu’on ne fait plus d’amis ;
Quand la coupe du siècle a troublé notre tête De sa vaine liqueur, Quand sa fange a terni notre robe de fête, Son souffle, notre cœur ;
À quoi bon transporter de là cette eau profonde, Les soucis d’aujourd’hui ? Mieux vaut rester, languir, mourir dans ce vieux monde, Et peut-être avec lui !…