French poem
Excuses
by André de Guerne (1853–1912)
Maintenant que l’hiver neige Sur mon front chenu, je vois, Belles ! de quel sacrilège Je fus coupable autrefois.
À vingt ans, lorsque tu brilles, Ô vague amour ! refuser Les roses, aux blondes filles, À leurs lèvres le baiser,
Au sein frais qui de la toile Jaillit, préférer, hélas ! Le marbre austère que voile La tunique de Pallas,
Au lieu d’imiter, ô songe ! L’abeille ivre de parfums, N’être qu’un rat qui vous ronge, Ô Grecs et Latins défunts !
C’était fou comme de croire Qu’Avril finissant léguait À la saison froide et noire Les clochettes du muguet.
Oui, je fus le philosophe, L’âpre chercheur, le savant, Sourd à la plus belle strophe Du grand poème vivant.
Dans les bois flétris et jaunes J’errais sans apercevoir Les Nymphes faisant aux Faunes Des signes dans l’antre noir.
Le merle et la renoncule, Le ramier et le bouleau Chuchotaient : — C’est ridicule De venir au bord de l’eau
Sans même écarter vos branches, Saules ! pour voir au soleil Sortir les baigneuses blanches De l’étang tiède et vermeil. —
Et vainement Théocrite, Me regardant de travers, Murmurait : — L’idylle écrite Dans les bois et les prés verts
Est tendre, charmante et douce, Ô pédant silencieux ! À déchiffrer sur la mousse Avec Klytie aux doux yeux. —
Oh ! pardonnez ! Je m’accuse, Belles ! et tombe à genoux. Le chemin de Syracuse Trop tard me conduit vers vous.
Venez toutes, folles, ivres, Faire, en les jetant au feu, Des feuillets de mes vieux livres Des papillons du ciel bleu.
Blondes, brunes, je vous aime. L’amour, ce rêve enchanté, Est la sagesse suprême ; La vertu, c’est la beauté.
Parfumez mes soirs moroses ; L’hiver et les ans moqueurs Laissent parfois quelques roses Dans les jardins et les cœurs.