Versos French André de Guerne En Flandre

French poem

En Flandre

by (1853–1912)

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Fuyons ! Voici le temps des roses, Belle fuyons ! Voici l’été Qui sème au seuil des portes closes La poussière de la cité.

Partout où Juillet nous exile, Si nous aimons, nous trouverons Un peu d’ombre pour notre asile, Un reflet d’azur pour nos fronts.

Allons où le veut la fortune De notre insoucieux essor. Regarde, ici la terre est brune, Les filles ont des cheveux d’or.

Ici la plaine humide et noire S’épanouit et livre au vent L’inépuisable et chaste gloire Des lins bleus et des blés mouvants.

Les arbres que les lointains groupent, Ormes, chênes, grands peupliers Majestueusement découpent Des formes droites de piliers.

Mais quand la tempête qui gronde Mêle leurs rameaux on dirait Qu’il tombe de la nuit profonde Moins d’ombre que de la forêt.

Le frisson miroitant des branches Palpite au bord des lents canaux Et des scintillations blanches Moirent les ailes des vanneaux.

Puis là-bas, quand soufflent les brises Sur les horizons opalins Vois s’ouvrir d’autres ailes grises, Les ailes grises des moulins.

La meule grince entre les cerches ; Les chars gémissent dans les champs ; Le houblon vert s’enroule aux perches Et la fumée aux toits penchants.

C’est la grave et forte nature, La mère aux seins démesurés Qui fait lever de l’emblavure Tout l’orgueil des labeurs sacrés,

Et qui, sentant sous les éteules Frémir la mine aux longs couloirs, Oppose aux dômes blonds des meules Des montagnes de charbons noirs.

C’est la terre aux sonores villes Où s’éveillèrent autrefois Vos appels, libertés civiles ! Et vos révoltes, ô beffrois !

Dont les cloches semblaient épandre, Sur les cités et les sillons, L’âme héroïque de la Flandre Dans la rumeur des carillons.

Aimons ici, près des eaux mornes Et sous les saules argentés. Confions nos rêves sans bornes À ces pâles sérénités.

Aimons sous le ciel qui s’irise. Au ciel du Nord frileux et doux, Ô belle ! apportons la surprise Du clair soleil qui luit en nous.

Que notre joie, aube inconnue De feux, de splendeurs, de rayons, Colore l’indécise nue Qui flotte aux froids Septentrions.

Ayons nos cœurs, ayons nos lyres, Nos chants, nos baisers, nos amours, Pour égayer de nos délires La grande plaine et les bois sourds.

Oublions l’azur et la Grèce, L’Attique et les sacrés ravins. La terre est douce, enchanteresse Et divinisée où tu vins.

L’horizon partout où l’on aime Est clément, radieux, vermeil. L’illusion fait le poème Et le sourire, le soleil.

La Thrace était sauvage et sombre ; Mais lorsque, sous le ciel noirci, Eurydice eut passé dans l’ombre, La Thrace fut divine aussi.