French poem
Le Chant des Lavandières
by André de Guerne (1853–1912)
C’est le chant des lavandières Dans le vallon parfumé. Sous les branches printanières, C’est le chant des lavandières Qui s’envole au mois de Mai :
— Toi qui passes sur la route, Pasteur de chèvres, viens voir. Pan lui-même nous écoute Et dit au bord de la route : Salut, Nymphes du lavoir !
Vois ! L’onde mousseuse est blanche Et fuit dans les verts canaux ; Le linge est blanc sur la planche ; L’onde mousseuse est plus blanche Que la laine des agneaux.
Le ruisseau chante. Nous sommes Les laveuses aux bras nus. Nous sentons les jeunes hommes Nous épier quand nous sommes Sous les grands arbres chenus.
Car nos bras semblent plus roses Dans l’eau blonde des bassins. Sous les voiles peu moroses S’épanouissent des roses Aux deux pointes de nos seins.
Ô pasteur ! nous sommes lasses D’être dès l’aube à genoux. L’heure est chaude ; toi qui passes ! Les lavandières sont lasses, Mais leurs sourires sont doux.
Les lavandières sont belles. Un baiser sur le gazon Incline les plus rebelles. Les lavandières sont belles Et les cœurs en floraison.