Versos French André Theuriet Premier soleil

French poem

Premier soleil

by (1833–1907)

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I. — PREMIER SOLEIL.

Jeunes tous deux, elle charmante, Ils erraient aux bois en hiver ; Sous sa voilette transparente Luisaient ses yeux couleur de mer.

Dans la mousse et les feuilles sèches Ils suivaient un étroit sentier, Et sur leurs fronts pleuvaient les flèches D’un soleil déjà printanier.

Pas une pousse verte encore N’apparaissait dans le fourré ; Mais on voyait comme une aurore D’avril dans le ciel bleu nacré.

L’oiseau pépiant sur la branche, Les langueurs de l’air attiédi, Le son des cloches du dimanche Qu’apportait le vent du midi,

Tout ne formait qu’une harmonie… Ils marchaient, et l’enivrement De cette musique infinie En eux pénétrait lentement.

Soudain pâlissante, alourdie, Sa tête blonde s’inclina : « Le soleil m’a presque étourdie, » Fit-elle, et son corps frissonna.

Ses longs cils, comme une dentelle, S’abaissèrent sur ses grands yeux. « Ce n’est rien, poursuivons, dit-elle, Je me sens forte, et je vais mieux… »

Sous la peau qui redevint rose Le sang courut, son œil brilla, Et sur sa bouche demi-close Un sourire se réveilla.

Elle avait levé sa voilette, Son sein tout ému palpitait ; Une senteur de violette De son corsage ouvert montait…

Lui, rempli d’audaces nouvelles, Fut tenté de mettre un baiser Sur ces yeux aux claires prunelles… Mais il s’arrêta sans oser.

Le baiser resta sur sa lèvre ; Il craignit de jeter d’abord Cette note pleine de fièvre Dans cet harmonieux accord,

Et sage, il sut avec délice Savourer ce rare bonheur, D’aspirer au bord du calice Le parfum sans froisser la fleur.