French poem
À une jeune fille
by André Van Hasselt (1806–1874)
Toi dont la coupe est pleine encore Sur la table de ton festin, Souris, belle enfant, à l’aurore, Belle enfant, souris au destin.
Quand nous, dans nos plaines amères, Hélas ! nous creusons nos sillons, Au frais jardin de tes chimères Cours après ces beaux papillons.
Laisse-nous les soucis moroses. Laisse-nous les âpres chemins. Et toi, n’effeuille que les roses Qui croissent pour tes blanches mains
L’aube sereine de ta vie N’a pas vu de nuage encor, Et l’Espérance te convie Au palais de ses rêves d’or.
Mais reste au seuil de ses beaux songes ; Plus loin c’est la réalité. De nos bonheurs, ces vains mensonges, Oh ! ne vois pas l’autre côté.
Car un mal à tout bien s’attache. Tout lac bleu récèle un péril. Dans toute fleur un ver se cache, Et décembre est derrière avril.
Ne connais jamais nos alarmes ; Et, le cœur toujours satisfait, Ignore de combien de larmes Souvent un seul sourire est fait.