French poem
Aux absents
by André Van Hasselt (1806–1874)
Près du lac d’azur, sous le ciel sans voiles, Je rêvais un soir, Et le ciel comptait son écrin d’étoiles Dans ce bleu miroir.
Sous les bois obscurs quel charmant silence, Quels concerts charmants Dans les nids chanteurs que la nuit balance Sur les flots dormants !
Syringas d’ivoire, églantines blanches, À la brise ouverts, D’enivrants parfums, qui tombaient des branches, Embaumaient les airs.
Comme, au bord du lac que la brise effleure, Je rêvais ainsi, Ô mes souvenirs, dans mon cœur qui pleure, Vous chantiez aussi.
Je songeais à vous que sur tant de grèves. Mes amis absents, Cherchent vainement, vainement mes rêves, Rêves impuissants.
Je songeais à vous, exilés dans l’ombre Des tombeaux jaloux, Que l’éternité, cette porte sombre, A fermés sur vous.
Voyageurs obscurs de ces noirs royaumes Où les morts s’en vont, Vous errez là-bas, ô mes chers fantômes, Dans leur nuit sans fond.
Mais ces chants d’oiseaux, visions aimées, Me rendaient vos voix, Et je vous voyais, ombres ranimées, Tous comme autrefois :
L’un tombé tout jeune à sa fraîche aurore, En son vert printemps, Pauvre fleur que Dieu fit, hélas ! éclore Pour si peu d’instants ;
L’autre rayonnant de la flamme ardente Que l’on voit au front Des prédestinés qui seront des Dante Quand les ans viendront.
Songe triste et doux, rêve plein de charmes, Devait-il finir ? Et faut-il ne voir qu’à travers des larmes Votre souvenir ?
Car je sens des pleurs, ô visages pâles, Sourdre de mes yeux Quand la nuit revient de ses mille opales Émailler les cieux.