Versos French André Van Hasselt Aux ruines du château de Fauquemont

French poem

Aux ruines du château de Fauquemont

by (1806–1874)

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Comme il était splendide à voir et beau naguère Ton appareil ! On ne pouvait citer, ô vieux château de guerre, Rien de pareil.

Tes remparts crénelés dominaient la campagne Et les vallons, Qui tremblaient quand tes preux que la gloire accompagne Criaient : « Allons ! »

Ou qu’un de tes vaillants, sourd aux craintes serviles, Tout seul allait Clouer en plein soleil aux portes de nos villes Son gantelet.

Ta bannière tordait, rouge comme une flamme, Ses plis dans l’air, Et toujours sur tes murs flamboyait quelque lame Comme un éclair.

Dans tes salles de marbre, où les rires de joie Toujours bruyaient Les chevaliers de fer et les femmes de soie Se souriaient.

Mais table aux vases d’or, combats a l’arme blanche, Tout est passé. Ta gloire est l’arbre mort qu’effeuille branche à branche Le vent glacé.

Tes bastions déserts sont en proie aux insultes De tout passant, Eux que battait en vain l’effort des catapultes, L’effort puissant.

Les ronces sur tes murs, ô vieux château de guerre, Mal affermis, Montent mieux à l’assaut que ne faisaient naguère Les ennemis ;

Et, de tes noirs débris où le lierre balance Ses festons verts, Le pâtre seul parfois vient troubler le silence Avec ses vers.

Hier j’avais aussi mes tours hautes et fières Qui dans les cieux S’aiguisaient, hérissant de leurs flèches altières L’air spacieux ;

Mes remparts à créneaux où veillaient les bombardes Et les canons Auprès des lourds mousquets, des lourdes hallebardes, Leurs compagnons.

Mon drapeau blasonné déroulait dans les nues Son flot vermeil, Et faisait resplendir ses couleurs bien connues Au grand soleil.

Tu dressais dans les cieux, ô château de mes belles Illusions, Tes toits où voltigeaient, comme des hirondelles, Mes visions.

Quels doux rêves peuplaient tes salles rayonnantes, Où nuit et jour, Où jour et nuit chantaient les strophes frissonnantes De mon amour !

Quels fantômes charmants, pareils à ceux qu’on rêve À dix-huit ans, Y folâtraient, ainsi qu’au soir font sur la grève Les joncs flottants !

Et voilà que tes murs jonchent de leurs ruines Le vert gazon, Et que l’automne sombre attache ses bruines À leur blason.

Le grillon chante seul dans tes salles glacées Où la nuit vient, Et nul du seuil désert de tes portes brisées Ne se souvient.

Car je t’avais bâti, palais de mes chimères, Dans mon esprit, Avec mes songes d’or, ces choses éphémères Où tout sourit.

Mais voici venir l’âge et les soucis moroses, Tout haletants, Et je vois s’en aller ma jeunesse et les roses De mon printemps.

Et tu ne laisses rien après toi, beau mirage De l’avenir, Qu’un rayon du passé perdu dans un orage, Qu’un souvenir !