French poem
L’Orchestre du printemps
by André Van Hasselt (1806–1874)
Pour fêter le mois des fleurs, Blanches pâquerettes, Vous avez, charmantes sœurs, Mis vos collerettes. Les oiseaux sont tous en voix. Leur orchestre chante au bois. Hâtez-vous, fleurettes.
Sous leur dais feuillu, couvert D’églantines roses, Quel joyeux et beau concert Font nos virtuoses ! Ravissant concert, ma foi, Comme en a fort peu le roi Sous ses toits moroses :
Symphonie en la majeur, Avec trois dièses, Qui te trouble, écho songeur, Sous tes verts mélèzes ; Car, vrai cercle des beaux-arts, La forêt a ses Mozarts Et ses Pergolèses.
Leurs accords en longs tissus Flottent dans l’espace. Le bouvreuil est un dessus, Le corbeau, la basse. La fauvette est leur ténor, Puis le rossignol encor, Doux chanteur qui passe.
Or voici le mois joyeux Où toute âme aspire, Et la terre aux vents des cieux Fait vibrer sa lyre. Et tout cœur s’épanouit À voir l’aube dans la nuit Doucement sourire.
Mais, tandis qu’au haut des airs Plane l’alouette, Il est dans ces beaux concerts Une voix muette. Quand les bois sont tous en train, Que fais-tu, mon luth serein, Mon charmant poëte ?