Versos French André Van Hasselt La Fête des fleurs

French poem

La Fête des fleurs

by (1806–1874)

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Quelle fête sur la terre ! Quelle fête dans les cieux ! La nature est un parterre. Tout sourit au cœur, aux yeux. Oh ! la joie est bien complète. Primevère et violette, Toute fleur est en toilette Comme un jour de bal joyeux.

Si la rose à peine lace Son corsage de satin, L’églantine se prélasse Dans les brises du matin. La luzerne a son aigrette, Et la fraîche pâquerette, Ajustant sa collerette, Prend son air le plus mutin.

Des essaims de chèvrefeuilles Vont courant le long du mur ; Le narcisse aux larges feuilles Suit leurs traces d’un pied sûr, Cependant que sous vos branches, Aubépines toutes blanches, On voit rire les pervenches, Rire avec leurs yeux d’azur.

Marguerites orgueilleuses Qui marchez si fièrement, Au collier des scabieuses Voyez luire un diamant ; Et, sans craindre l’œil des faunes, Les jonquilles, sous les aunes, Mettre leurs mantilles jaunes Pour vous suivre prestement.

Puis voilà les digitales Qui, dans l’ombre des bouleaux, Font bruire leurs crotales En chantant : « Honneur et los ! » Et rassemblent, dans les prées, Les clochettes affairées Aux timbales azurées, Les muguets aux blancs grelots.

Pourquoi donc, joyeuse bande, Pour sourire aux bleux ruisseaux, Pour danser la sarabande Aux musiques des oiseaux, Tout ce luxe qu’on déploie, Or, satin, velours et soie, Gaze et moire qui chatoie, Et dentelle aux fins réseaux ?

— « Ouvre donc les yeux, poëte, « Toi qu’une ombre fait rêver. « Depuis l’aube l’alouette « Nous invite à nous lever. « Car là-bas la rose ouverte « De sa pourpre s’est couverte ; « Sur son trône d’herbe verte « Elle tient son grand lever.

« Hier c’étaient les fiançailles « De la rose et du printemps. « À tantôt les épousailles « Au milieu des chœurs chantants. « La forêt est la chapelle. « Toute fleur s’est faite belle « Pour la noce qui l’appelle. « Adieu donc, car il est temps. » —

Fleurs charmantes, fleurs joyeuses, Oh ! courez au fond des bois Dans vos rondes gracieuses Rire aux gammes du hautbois ; Car aux brises parfumées Les bouvreuils, sous les ramées, Sèment leurs chansons aimées Et les perles de leur voix.

Pour vous, belles ingénues, L’aube éveille les oiseaux Et dévide dans les nues Les fils d’or de ses fuseaux. Mai pour vous, ô fleurs bénies, Sous ses branches rajeunies Fait chanter ses symphonies Et les hymnes des ruisseaux.

Souriez, charmante foule, Aux beaux jours sans lendemain. Fleurs fragiles, l’homme foule Tant d’espoirs dans son chemin. Le printemps c’est l’allégresse. Mais, que passe la jeunesse, Plus de rose qui renaisse Au jardin du cœur humain.