French poem
La Cloche qui tinte
by André Van Hasselt (1806–1874)
Le soir déployait tous ses voiles Dans l’air, comme un vaste linceul. La nuit allumait ses étoiles, Et moi je partais triste et seul. Le ciel voyait fondre ses teintes, Et vous finissiez, mes beaux jours… Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !
Tandis que j’allais seul dans l’ombre Le long de la verte forêt, Sonnait sous la feuille plus sombre La cloche du soir qui pleurait. C’étaient des murmures, des plaintes, Forêt, dans tes mornes détours… Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !
Au bout de la calme vallée, Là-bas je fis halte un instant, Pour voir, ma maison désolée, Ton toit le dernier en partant. Je vis tes fenêtres éteintes, Maison où restaient mes amours… Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !
Depuis, il remplit mes oreilles Ton rhythme rêveur et charmant. Quel chant a des notes pareilles, La nuit sous le bleu firmament ? Bercé par tes douces complaintes, Des ans je remonte le cours, Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !
Et rien, ni le bruit de la gloire, Ni l’hymne des mers ou des bois, Écho qui remplis ma mémoire, Ne peut étouffer cette voix. Adieux éternels, larmes saintes, Tu sais tous les deuils de mes jours, Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !
Musique si douce et si tendre Qui pleures dans l’air gémissant, Que j’aime, que j’aime à t’entendre, Si triste que soit ton accent. Le monde a ses noirs labyrinthes Qu’au moins avec toi je parcours, Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !
Dédale trompeur que la vie ! Chemin ténébreux, noir sentier, Je l’ai, sans orgueil, sans envie, Je l’ai parcouru tout entier. Mes pieds ont laissé leurs empreintes Dans tous ses obscurs carrefours… Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !
Ainsi qu’une voix printanière Qu’on croit dans un rêve écouter, Dieu fasse, à mon heure dernière, Qu’encor je t’entende chanter ! La mort aux sinistres étreintes Alors peut me dire : « J’accours !… » Ô cloche qui tintes, qui tintes ! Ô cloche qui tintes toujours !