French poem
Dans l’âpre solitude où tu vis désormais
— Dans l’âpre solitude où tu vis désormais, Faut-il que jamais plus nul désir ne pénètre ?
— Je suis seule, en effet, et suis digne de l’être. J’habite la ténèbre où sont ceux que j’aimais.
— Que fais-tu des vivants ? Que fais-tu des vivants ?— Plutôt que de descendre À des choix moins parfaits, je préfère les cendres.
— Ne veux-tu plus goûter d’exaltantes saisons ?
— L’instinct est un bonheur que n’est pas la raison. Pour l’esprit renseigné, comblé, triste et lucide, Tout est douleur. La mort a des sucs moins acides.
— Pour supporter le jour, ou ne le point haïr, N’est-il pas de plaisir dont tu veuilles jouir ?
— La volupté contient les choses infinies : La musique, les cieux, la gloire, l’agonie. Mais, ne recherchant pas d’éphémères essais, Je veux gémir encor des plaisirs que je sais.
— Rien ne fléchira donc ta plaintive exigence, Ô corps plein de savoir, esprit plein de refus ? Ne te reste-t-il rien du trésor que tu fus, Et que tu répandais, même par négligence ! Rien ne te reste-t-il ? Rien ne te reste-t-il ?— Non, rien. L’intelligence.