Versos French Anna de Noailles Pensée dans la nuit

French poem

Pensée dans la nuit

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L’averse communique à l’air un goût marin, Le vent frémit ainsi qu’une immense flottille, La lune entr’ouvre aux cieux un aileron d’airain, Une étoile endormie à peine brille et cille ; Et je respire avec une ample volupté Cette verte, élastique et fraîche crudité Du feuillage content, qui, comme un hymne, élance La pure odeur de l’eau dans le puissant silence !

Tout repose, l’air est mouillé comme une fleur, Chaque point de l’éther tranquillement s’égoutte, Un vent plus vif répand sa subite candeur ; Je suis là, faible humain, je contemple, j’écoute. Le vent noir vient à moi, et dans mon souffle heureux S’élance avec l’odeur des torrents et des cieux. Et mon cœur se dilate, et l’infini pénètre La tristesse attentive et sage de mon être.

Je songe aux morts, je goûte avec austérité La vie, et ce puissant, régulier délire Qui, depuis l’humble sol jusqu’aux astres sacrés, Étend l’acte divin et fier de respirer ; Et les morts sont sans souffle, et dans leur sombre empire Jamais plus ne descend ce grand ciel aéré Qui m’accoste et m’imprègne. Qui m’accoste et m’imprègne Ô monde, je respire !