Versos French Antoine Clesse La Fourmilière

French poem

La Fourmilière

by (1816–1889)

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tout Dieu donnait une voix. Seul, je rêvais au fond du bois, Assis sur l’herbe printanière, Quand je vis d’un tout petit trou, Vingt fois moins grand qu’un petit sou, Sortir, amis, Un peuple de fourmis : Oh ! la drôle de fourmilière !

Jusque dans le moindre détail L’ordre présidait au travail De la peuplade tout entière ; N’ayant pas d’intérêt jaloux, Chacun songeait au bien de tous. Ô mes amis, Les drôles de fourmis, Oh ! la drôle de fourmilière !

Un autre peuple indépendant Non loin travaille, et cependant Point de douaniers à la frontière ; Chacun échange librement Houille, bétail, vin et froment. Ô mes amis, etc.

Un insecte avec son fardeau Glissa dans une goutte d’eau : Pour lui c’était une rivière. Soudain tout le monde arrivé Fait la chaîne : un frère est sauvé ! Ô mes amis, etc.

La mort frappe un des travailleurs Et son enfant verse des pleurs : Le voilà sans père ni mère. L’enfant, sublime charité ! Par la peuplade est adopté. Ô mes amis, etc.

Au souper un vieil ouvrier Qui ne pouvait plus travailler Des parts de tous eut la première ; Plein de respect pour ses vieux ans, On soutenait ses pas tremblants. Ô mes amis, etc.

Puis, le soir venu, les fourmis Avant de rentrer au logis En commun ont fait la prière : C’était un petit chant si doux Que je me suis mis à genoux. Ô mes amis, etc.

Et le cœur tout gros je me dis : Mais les infiniment petits Aux grands porteraient la lumière. Ah ! que nous sommes loin de Dieu ! Quand pourrons-nous vivre en ce lieu Heureux, amis, Ainsi que les fourmis Dans chaque humaine fourmilière ?