French poem
Nos amoureuses
by Aristide Bruant (1851–1925)
De grands boulevards ou de rues, D’hôtel borgne ou d’hôtel privé, Gigolettes, cocottes, grues Au linge plus ou moins lavé ; Gonzesses de luxe et de choix Ou du régiment des pierreuses, Toutes elles portent leur croix,
Nos amoureuses. Elles sont la chose de mâles Riches, séniles, impuissants, Dont les spasmes semblent des râles. Elles vont, galvaudant leurs sens, Au lieu de broyer leurs appas Dans des étreintes vigoureuses… Mais les amoureux n’aiment pas
Nos amoureuses. Vagues, veules, endolories, N’avivant plus que des désirs Malsains, l’âme et la chair meurtries Par la fête, par les plaisirs, Ivres de noce et de rancœur, Lors des heures trop douloureuses. Parfois elles s’ouvrent le cœur,
Nos amoureuses. Ohé ! l’homme à la Madeleine ! Ohé ! Jésus, mort sur ta croix ! Ohé ! Jésus, dont l’âme est pleine D’amour ! Ô fils du Roi des rois, Fils du Tout-Puissant, fils du Dieu Qui fait les vierges bienheureuses… Laisse un peu coucher dans ton pieu
Nos amoureuses.
Juin, 1896.