French poem
À une jeune fille
by Armand Silvestre (1837–1901)
Comme un rideau de mousseline Tendu sur les horizons bleus, L’automne sur ses pas frileux Traîne une vapeur opaline.
Adieu l’éclat des jours vermeils ! Sur le berceau tremblant des roses, L’automne de ses doigts moroses, Ouvre l’aile des longs sommeils.
Les parfums légers qui des grèves Montent comme d’un encensoir Ne bercent plus, dans l’air du soir, Le vol alangui de nos rêves.
Tout est triste sur les chemins Où l’or des branches dépouillées Emporte l’orgueil des feuillées Avec des sanglots presque humains ;
La fuite des oiseaux s’effare Et les chevreuils sont aux abois, Sitôt que le vent dans les bois Sonne sa première fanfare.
Et la plaine, sous les autans, S’emplit d’une peur incertaine. — Hélas ! comme l’heure est lointaine Où reverdira le printemps !
Mais, en attendant qu’il renaisse, Ramenant clartés et couleurs, L’an garde ses plus belles fleurs Pour en parer votre jeunesse !