French poem
Rappelez-vous la fleur
by Armand Silvestre (1837–1901)
Rappelez-vous la fleur que, pour vous, j’ai coupée Sur le sombre rosier qui n’avait qu’une fleur : Les fraîcheurs d’une nuit lente l’avaient trempée, Et d’abord votre lèvre y but comme un long pleur.
Puis, sa tête divine étant déjà penchée, Je vis vos petits doigts irrités et nerveux Pétrir la triste rose à sa tige arrachée Et la tordre dans l’or confus de vos cheveux.
Ah ! quand vous meurtrissiez, de votre main savante, Sa couronne de pourpre et son feuillage vert, J’ai, sous vos doigts cruels, comme une fleur vivante, Senti saigner mon cœur à son cœur grand ouvert !