Versos French Baron Byron George Gordon Byron Stances

French poem

Stances

by

Listen in the reader

Composées le 11 octobre 1809, la nuit, durant un orage, au milieu du tonnerre et des éclairs, lorsque les guides eurent perdu la route qui mène à Zitza, près la chaîne de montagnes connues autrefois sous le nom de Pinde, dans l'Albanie.

1. Au pied des montagnes du Pinde, l'ouragan nocturne nous glace de froid, et les nuages irrités versent à grands flots la vengeance des cieux.

2. Nos guides sont partis, notre espoir est perdu, et les éclairs, qui jouent sur l'horizon, ne servent qu'à nous montrer les rocs qui ont entravé notre route, et à dorer l'écume du torrent.

3. N'ai-je pas aperçu là-bas une cabane, fort petite il est vrai? Lorsque l'éclair dissipera pour un instant les ténèbres,--combien je bénirai l'ombre de la petite cabane!--Mais hélas! ce n'est qu'un tombeau turc.

4. Au milieu du bruit des ondes qui tombent en cascades écumantes, j'entends le cri d'une voix humaine;--c'est mon compatriote, épuisé de fatigue, qui invoque de cette contrée lointaine le nom de l'Angleterre.

5. Un coup de fusil vient de partir:--est-ce un ennemi ou un ami qui l'a tiré? Encore un autre;--c'est pour avertir les paysans de la montagne de descendre et de nous conduire à leurs demeures.

6. Oh! qui, dans une nuit pareille, osera se hasarder dans le désert? Qui, durant les roulemens du tonnerre, peut entendre notre signal de détresse?

7. Qui, après avoir même entendu nos cris, se lèvera pour s'engager dans un chemin si périlleux? Qui ne nous prendra, à nos vociférations nocturnes, pour des brigands qui battent le pays?

8. Les nuages crèvent, les airs étincellent: oh! quelle heure terrible! L'orage tombe avec plus de fureur! Pourtant une pensée a encore la force de maintenir la chaleur en mon sein.

9. Tandis que j'erre dans ces sentiers sans issue, sur cette cime hérissée de rocs et de ronces; tandis que les élémens épuisent leur rage, douce Florence, où es-tu?

10. Ah! sans doute tu n'es plus sur la mer,--sur la mer que ta barque a si long-tems parcourue. Oh! puisse l'orage qui fond sur moi, ne frapper que ma tête!

11. Le rapide siroc enflait ta voile de toute la puissance de son souffle, quand je pressai tes lèvres pour la dernière fois: il aura, depuis long-tems, à travers l'onde écumante, poussé ton brave navire jusqu'au rivage.

12. Maintenant tu es hors de péril: oui, depuis long-tems tu as foulé la grève espagnole. Ce serait chose cruelle qu'une femme aussi belle que toi fût retenue sur les flots.

13. Et puisque je songe maintenant à toi au milieu des ténèbres et des terreurs, comme dans ces heures de réjouissances où régnaient le plaisir et la musique;

14. Toi, au milieu des belles et blanches murailles de Cadix, si pourtant Cadix est encore libre, jette parfois un regard au travers de tes jalousies, sur l'abîme azuré de la mer.

15. Puis souviens-toi des îles de Calypso, devenues chères à nos cœurs depuis les jours que nous y avons passés ensemble: donne aux autres tes sourires par milliers, à moi un seul soupir.

16. Et quand le cercle de tes admirateurs remarquera la pâleur de ta face, une larme à demi formée, un nuage passager de gracieuse mélancolie,

17. De nouveau tu souriras; tu éviteras, en rougissant, la raillerie de quelque fat, et n'avoueras pas que tu penses une fois à un amant qui pense toujours à toi.

18. Quoique les sourires et les soupirs soient également vains, alors que deux cœurs gémissent l'un de l'autre séparés, mon ame en deuil franchit mers et montagnes à la poursuite de la tienne.

XXXI.

STANCES ÉCRITES EN PASSANT LE GOLFE D'AMERACIE.

14 novembre 1809.

1. A travers un ciel sans nuages, le disque argenté de la lune lance à plein ses rayons sur la côte d'Actium: c'est sur ces ondes que jadis la reine d'Égypte gagna et perdit l'ancien monde.

2. Sur la scène que je contemple aujourd'hui, l'abîme azuré fut le tombeau de plus d'un Romain: c'est là que l'ambition farouche abandonna sa chancelante couronne pour suivre une femme.

3. Florence! toi que j'aimerai autant que fut jamais aimée mortelle célébrée en prose ou en vers, depuis l'épouse qu'Orphée ramena des enfers; toi que j'aimerai tant que tu seras belle et que je serai jeune;

4. Douce Florence! c'étaient d'heureux tems que ceux où le monde était mis en jeu pour les yeux des belles! Oh! si les poètes avaient sous leur empire autant de royaumes que de rimes, tes charmes feraient de nouveaux Antoines.

5. Le destin ne permet pas qu'il en soit ainsi; mais j'en jure par tes yeux, par les boucles de ta chevelure, si je ne puis perdre un monde pour toi, point ne voudrais te perdre pour un monde!

XXXII.

VERS COMPOSÉS APRÈS AVOIR FRANCHI A LA NAGE LE DÉTROIT DES DARDANELLES, DE SESTOS A ABYDOS.

9 mai 1810.

1. Si, dans le sombre mois de décembre, Léandre, selon l'histoire connue de toute jeune fille, avait coutume, ô large Hellespont, de traverser ton onde rapide:

2. Si, malgré les orages d'hiver qui rugissaient sur sa tête, il se rendait en hâte près d'Héro; et si jadis ton courant était aussi fort qu'aujourd'hui, ô Vénus! je plains bien les deux amans!

3. Car moi, homme dégénéré des tems modernes, même dans le doux mois de mai, je meus avec peine mes membres languissans où la sueur ruisselle, et je crois avoir fait une prouesse aujourd'hui.

4. Quand Léandre traversait l'impétueux torrent, c'était, si l'on en croit toujours une histoire douteuse, pour courtiser sa belle,--et faire--Dieu sait quoi encore; il nagea pour l'amour, comme moi pour la gloire.

5. Mais il serait difficile de dire qui de nous deux a été le mieux traité. Pauvres humains! ainsi les dieux vous frappent-ils toujours! Mal lui réussirent ses périls, et à moi ma partie de plaisir: lui se noya, et moi j'ai la fièvre.

XXXIII.

SUR LA MORT DE SIR PETER PARKER, BARONET.

1. Il y a des larmes pour tous ceux qui meurent, un cri de deuil sur la plus humble tombe: mais, au trépas des héros, les nations entières chantent l'hymne funèbre, et la victoire elle-même verse des larmes.

2. C'est pour eux que la douleur envoie le plus pur de ses soupirs sur le sein ondoyant de l'océan: en vain leurs ossemens gisent sans sépulture, toute la terre devient leur monument!

3. Leur sépulture est dans les pages de l'histoire; leur épitaphe, dans toutes les bouches. L'âge présent, les siècles futurs, gémissent sur eux, et leur appartiennent...

4. C'est pour eux que se taisent les joyeux devis du festin, leur nom est le seul son qui règne, tandis qu'à la ronde le souvenir reconnaissant paie à leur vertu le tribut des toasts.

5. Ils font parler d'eux à la foule qui ne les connut pas; ils sont pleurés des ennemis qui les admirèrent. Qui donc ne voudrait partager leur lot glorieux? Qui ne voudrait mourir de la mort qu'ils ont choisie?

6. Ainsi, brave Parker! à jamais sera sacrée ta vie, ta chute, ta renommée! et les jeunes guerriers, enflammés de courage, trouveront un modèle dans ta mémoire.

7. Mais il est des cœurs qui, en te perdant, ont reçu une blessure que la gloire ne saurait cicatriser, et ce n'est qu'en frémissant qu'ils entendent célébrer une victoire où succomba un ami si cher, si intrépide.

8. Que feront-ils pour adoucir leur chagrin? Quand n'entendront-ils plus retentir ton nom? Le tems ne peut nous instruire à l'oubli, quand le regret qui remplit l'ame est nourri par la voix de la renommée.

9. Hélas! ils ne peuvent que pleurer davantage sur leur sort, sinon sur le tien. Ah! combien doit être profond le deuil que nous inspire la mort de celui qui jamais auparavant ne nous donna sujet d'affliction!

XXXIV.

PÉNIBLE SOUVENANCE (1808).

1. Quand nous nous séparâmes l'un de l'autre, dans le silence et dans les larmes, le cœur déchiré et mourant à demi, pour une absence de longues années; pâle et froide devint ta joue; et plus froid ton baiser. En vérité, cette heure du passé prédit les chagrins à l'heure d'aujourd'hui.

2. La rosée du matin tomba glacée sur mon front;--elle me donna comme un pressentiment de ce que je sens aujourd'hui. Tes sermens sont tous rompus, et ta renommée sans honneur. J'entends prononcer ton nom, et j'ai part à la honte qui s'y attache.

3. On te nomme devant moi,--oh! supplice pour mon oreille! Un frisson me parcourt:--pourquoi me fus-tu si chère? On ne sait pas que je t'ai connue; moi qui, hélas, t'ai connue trop bien:--long-tems, ah! long-tems, je te maudirai,--trop profondément pour parler.

4. En secret, nous nous sommes vus:--en silence, je m'afflige que ton cœur ait pu oublier, et ton esprit s'abaisser à la perfidie. Si je te revoyais jamais après longues années, comment t'accueillerais-je?--Avec le silence et les larmes.

XXXV.