French poem
Adresse
by Baron Byron George Gordon Byron
PRONONCÉE A L'OUVERTURE DU THÉATRE DE DRURY-LANE, samedi, 10 octobre 1812.
Dans une nuit horrible, notre cité vit et pleura le palais de la muse du drame, réduit de fond en comble en cendres; en moins d'une heure, les flammes dévorèrent le temple, Apollon tomba, et Shakspeare cessa de régner.
Vous qui contemplâtes ce spectacle admirable et triste, dont l'éclat insultait à la ruine qui en fut illuminée; vous qui vîtes les fragmens massifs du monument, au milieu des nuages de feu, chasser du ciel la nuit, comme autrefois la colonne d'Israël; qui vîtes la longue pyramide des flammes tournoyantes agiter son ombre rougeâtre sur la Tamise, épouvantée, la foule pressée autour de l'incendie, frissonner d'effroi et trembler pour ses propres demeures, à mesure que le désastre s'accroissait et répandait dans les airs la lumière funèbre d'éclairs aussi terribles que ceux de la foudre; qui vîtes enfin les cendres noires et un mur solitaire occuper le royaume des muses et en signaler la chute: dites,--cet édifice nouveau, et non moins ambitieux, construit où fut naguère l'édifice le plus puissant de notre île, jouira-t-il de la même faveur que le premier? ce temple voué à Shakspeare--sera-t-il digne de lui et de vous?
Oui,--il le sera:--la magie d'un pareil nom défie la faux du tems, la torche de l'incendie; dédie encore le même lieu aux jeux de la scène, et commande au drame, d'être là où il a déjà été. La naissance de ce monument atteste la puissance du charme:--favorisez notre honorable orgueil? et dites: c'est très-bien!
Ainsi que ce temple s'élève pour égaler l'ancien, ainsi puissions-nous du passé tirer nos présages! puisse une heure propice à nos prières s'enorgueillir de noms tels que ceux qui consacrent à jamais le souvenir du théâtre détruit! C'est à l'ancien Drury que l'art touchant de votre Siddons foudroya les cœurs sensibles, agita les cœurs les plus sévères; c'est à Drury que grandirent les derniers lauriers de Garrick; c'est ici que le moderne Roscius fit couler vos larmes pour la dernière fois, soupira ses derniers remerciemens, et vous adressa, l'œil en pleurs, ses derniers adieux. Mais pour les talens vivans peuvent encore fleurir ces couronnes, dont les parfums s'exhalent en pure perte sur une tombe. Ce que Drury réclama jadis; il le réclame encore;--ne refusez pas le tribut nécessaire à la résurrection de sa muse qui sommeille. Ornez de guirlandes la tête de votre Ménandre! et n'allez pas inutilement réserver tous vos honneurs pour les morts!
Bien chers nous sont les jours qui donnèrent tant de lustre à nos annales, avant que Garrick disparût, ou que Brinsley cessât d'écrire! Héritiers de leurs travaux; nous sommes aussi vains de nos ancêtres, que le sont des leurs les héritiers d'un noble sang. Tandis qu'ainsi le souvenir emprunte le miroir de Banquo, pour réclamer ces ombres couronnées à mesure qu'elles passent; tandis que nous tenons cette glace magique, qui représente les noms immortels, gravés sur notre arbre généalogique; hésitez,--avant de condamner leurs faibles descendans; songez combien il est difficile d'égaler de tels rivaux.
Amis du théâtre! vous, de qui comédiens et comédies doivent solliciter un pardon ou un éloge; juges suprêmes, dont la voix et le regard usent du pouvoir illimité d'applaudir ou de rejeter: si jamais la licence conduisit à la renommée, et nous mit dans le cas de rougir de ce que vous aviez cessé de blâmer; si jamais le théâtre dégradé put s'abaisser à flatter un goût dépravé qu'il n'osait corriger: puissent les scènes présentes répondre à tous les reproches passés, et réduire à un juste silence les clameurs d'une sage censure! Oh! puisque vous mettez le dernier sceau aux lois du drame, ne vous jouez plus de nous, en applaudissant mal à propos: alors une noble fierté doublera les forces de l'acteur, et la voix de la raison aura un écho dans la nôtre.
Après cette adresse solennelle, après l'accomplissement de l'antique règle, après ce tribut d'usage que la muse du drame a payé par la bouche de son héraut, recevez aussi nos complimens de bienvenue, complimens qui partent de nos cœurs, et voudraient bien gagner les vôtres. Le rideau se lève;--puisse notre théâtre vous offrir des scènes dignes des anciens jours de Drury-Lane! Puissions-nous toujours être agréés, et des Bretons, nos juges, et de la nature, notre guide!--et vous, puissiez-vous long-tems présider à nos fêtes!