French poem
A Ma Femme
by Benjamin Sulte (1841–1923)
Vive la gaîté! Telle est ma sagesse! Que rien ne nous presse De lui dire adieu! C'est plus que de l'or, plus qu'une couronne; Gardons-la, mignonne, Elle vient de Dieu.
Heureux le mortel qui, pour héritage, Reçut en partage Un joyeux refrain! Plus le monde va, plus la boule tourne, Plus vite il retourne Vers un ciel serein.
L'aimable gaîté, toute franche et ronde, Qui toujours débonde, S'échappe du coeur. Rire de la tête est une sottise; L'esprit qu'on attise N'est point le bonheur.
Sans les écouter, plaignons les poètes, Les «douces musettes» Pleurant nuit et jour. L'un gémit le soir et l'autre aux matines— Petits Lamartines, Vous faussez l'amour.
La douleur réelle est moins légendaire, Moins imaginaire, Moins pleine d'efforts. Beaux fils de vingt ans, vivez de courage: Quand viendra l'orage, Vous serez plus forts.
Chassez les soucis, les soupirs sans nombre, Ce visage sombre Malgré le beau temps. Enfant qui regrette... homme qui rumine... Ah! la triste mine! Foin des mécontents!
Que font les chagrins d'un esprit morose! Voyons tout en rose Et tout ira bien. Sans doute, la vie a mille traverses, Des feux, des averses, Pour Juif ou chrétien;
Prenons notre part: c'est une échéance, Soldons la créance, Et n'en parlons plus! Respirer gaîment dans leur atmosphère Est facile affaire Aux moins résolus.
Vive la gaîté! C'est elle, mignonne, Qui nous environne— Allons notre train! A ton petit vieux, ma petite vieille, Tu riras, pareille, Au siècle prochain.