French poem
À Madame Pauline Viardot
by Camille Saint-Saëns (1835–1921)
Gloire de la Musique et de la Tragédie, Muse qu'un laurier d'or couronna tant de fois, Oserai-je parler de vous, lorsque ma voix Au langage des vers follement s'étudie?
Les poètes guidés par Apollon vainqueur Ont seuls assez de fleurs pour en faire une gerbe Digne de ce génie éclatant et superbe Qui pour l'éternité vous a faite leur soeur.
Du culte du beau chant prêtresse vénérée, Ne laissez pas crouler son autel précieux, Vous qui l'avez reçu comme un dépôt des cieux, Vous qui du souvenir êtes la préférée!
Ah! comment oublier l'implacable Fidès De l'amour maternel endurant le supplice, Orphée en pleurs qui pour revoir son Eurydice Enhardi par Éros pénètre dans l'Hadès!
Grande comme la Lyre et vibrante comme elle, Vous avez eu dans l'Art un éclat nonpareil Vision trop rapide, hélas! que nul soleil Dans l'avenir jamais ne nous rendra plus belle!