French poem
Gnôti Seauton
by Camille Saint-Saëns (1835–1921)
La mer tente ma lyre avec ses épouvantes, Ses caresses de femme et ses goëmons verts. O mer trois fois perfide! alors que tu me hantes Sur mon indignité j'ai les yeux grands ouverts.
Je pourrais comme un autre en alignant des rimes Dire ton glauque azur aux vastes horizons; Je pourrais par des mots semés sur tes abîmes Faire comme les flots s'entrechoquer des sons.
Mais non, je suis trop peu pour cette rude tâche; Tu m'as découragé par ton immensité. L'effort est surhumain et je me sens trop lâche Pour peindre dans mes vers ta terrible beauté.
Que d'autres plus hardis t'adressent la parole, Comparent ton murmure à celui du sapin; Je n'ose pas. Et puis ce serait chose folle De te chanter encor après Jean Richepin.