Versos French Camille Saint-Saëns Le Chêne

French poem

Le Chêne

by (1835–1921)

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À M. Edmond Cottinet.

Le chêne a-t-il grandi? tient-il bien sa promesse, Ami des anciens jours? Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse, Le penses-tu toujours?

Oui, c'était bien un chêne, et d'une fleur de serre Il n'a pas l'agrément; Son écorce est rugueuse et sombre: en pleine terre Il a crû lentement.

Sa racine a senti bien souvent de la roche Le contact détesté; Mais elle la contourne et sur elle s'accroche Avec ténacité.

Sa tête sans orgueil dépasse à peine l'herbe. Qui durera verra! L'herbe sera fauchée, et la cime superbe Longtemps s'élèvera.

L'arbuste pousse vite et son riche feuillage À bientôt recouvert Le jeune arbre sans grâce et sans fleurs, qu'un même âge Fait moins fort et moins vert.

Sois patient! le Temps qui sans pitié ravage Et la tige et la fleur De l'arbuste, saura du vieux chêne sauvage Consacrer la valeur;

Ses branches se tordant ainsi que des reptiles Croîtront dans l'avenir, Quand on aura perdu des plantes inutiles Même le souvenir.

À toi merci, prophète aux strophes téméraires, Pour avoir deviné Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires, Était prédestiné!