French poem
La Statue
by Camille Saint-Saëns (1835–1921)
Le sculpteur modèle l'argile; Puis, prenant le marbre indocile, Le pétrit dans sa main habile Avec un patient effort;
Ou bien sous sa fière tutelle Il soumet le bronze rebelle: Si la matière en est moins belle, Pour vaincre le temps il est fort;
Et contre ce temps qui le tue L'Homme en vain lutte et s'évertue, Quand, bronze ou marbre, la statue Immobile, impassible, voit
De son oeil fixe et sans prunelle Passer les siècles devant elle Et s'avancer l'ombre éternelle Qui sur le passé toujours croît.
Tristes autels où se consume Un reste de tison qui fume, Enfoncez-vous dans cette brume Où le soleil ne luira plus!
Les dieux meurent: leurs temples vides Sont comme ces déserts arides Où frissonnaient jadis les rides Des grands océans disparus;
Mais l'Art a conservé l'image Du dieu que vénérait le mage Et que le fou comme le sage Venait adorer en tremblant:
Ce n'est plus le dieu qu'on adore; C'est sa forme vivante encore, C'est la Beauté, divine aurore Sortant, pure, du marbre blanc!