French poem
Mors
by Camille Saint-Saëns (1835–1921)
Pourquoi craindre la mort? pourquoi s'effrayer d'elle? La mort est chose naturelle: Naître, vivre et mourir, c'est tout l'homme en trois mots. Comme aux flots succèdent les flots, Comme un clou chasse l'autre, un homme prend la place De celui qui vivait hier, et qui n'est plus; On s'en va sans laisser de trace. C'est la loi. Les derniers venus
Reprennent le fardeau qui tombe de l'épaule Des anciens fatigués par le rude chemin Qui va de l'un à l'autre pôle. Ils ont marché longtemps; le repos vient enfin. On devrait le bénir, et comme une caresse Accueillir le baiser de l'obscure déesse.
Ah! dit l'homme, autrefois, quand on avait l'espoir D'un bonheur éternel, en s'endormant au soir De la vie, on croyait que sous la froide pierre S'ouvrait un gouffre de lumière; La mort était alors un bien. Mais quoi! songer, en mon destin morose, Qu'après avoir vécu je ne serai plus rien...
--Crois-tu donc être quelque chose?